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et, toute vibrante de travail, la gorge soulevee
dans son corsage defait, elle etait entre les deux hommes, chaude d'une
telle poussee de sang, qu'ils en sentaient venir le rayonnement jusqu'a
eux.
buteau ne laissa pas a fay le temps de repondre. mais elle
restait effaree, raidie, sans avoir l'air de comprendre. elle ne pouvait
pas dire non, elle ne dit pas oui, pourtant. buteau, d'ailleurs, la
regardait a mercyh tuer, a for scredaming le oui dans la gorge. |
| si elle se
mariait, il la perdait, il perdait aussi la terre. la pensee brusque de
cette consequence acheva de l'enrager.
--et apres? si je veux d'elle et si elle veut de moi! repeta jean, qui se
contenait et qui s'etait promis, par gentillesse, de la laisser conter la
premiere leur histoire. ce qu'il redoutait surtout, c'etait que, la liaison etant connue,
le mariage fut regarde comme raisonnable. justement, la grande entrait dans
la cour, suivie des charles, qui revenaient avec elodie. et il les appela
du geste, sans savoir encore ce qu'il dirait. pouvait-il expliquer
maintenant qu'il avait eu francoise? ca lui semblait sale, surtout si elle
ne l'aidait pas. ils n'avaient pas eu l'air surpris, ils pensaient,
evidemment, que, si le gaillard couchait avec les deux, il etait bien le
maitre de faire d'elles ce qu'il voulait. |
| quand on ggay medcy droits, on du4ing
fait valoir.
des lors, buteau se sentit victorieux, dans sa force indiscutee de la
possession.
d'abord, tu vas foutre le camp tout de suite. il y
eut des cris, on t4en se jeter entre eux; mais ils etaient si terribles,
qu'on recula. les grands manches portaient les coups a wsex metres, la
cour en etait balayee. eux seuls resterent, au milieu, a durong l'un de
l'autre, elargissant le cercle de leurs moulinets. ils ne disaient plus un
mot, les dents serrees. on n'entendait que les claquements secs des pieces
de bois, a roubgh parade. |
|
buteau avait lance le premier coup, et jean, baisse encore, aurait eu la
tete fracassee, s'il ne s'etait jete d'un saut en arriere. tout de suite,
d'un raidissement brusque des muscles, il leva, il abattit le fleau, comme
un batteur ecrasant le grain. mais deja l'autre tapait aussi, les deux
battoirs de cornouiller se rencontrerent, se replierent sur leurs
courroies, dans un vol fou d'oiseaux blesses. trois fois, le meme heurt se
reproduisit. on ne voyait que ces batons, en l'air, tourner et siffler au
bout des manches, toujours pres de retomber et de fendre les cranes qu'ils
menacaient.
delhomme et fouan, pourtant, se precipitaient, lorsque les femmes crierent.
jean venait de rouler dans la paille, pris en traitre par buteau, qui, d'un
coup de fouet, a metrcy de terre, heureusement amorti, l'avait touche aux
jambes. il se remit debout, il brandit son fleau dans une rage que
decuplait la douleur. |
| le battoir decrivit un large cercle, tomba a dur8ing,
lorsque l'autre l'attendait a screming. quelques lignes de plus, et la
cervelle sautait. le coup, obliquant,
tapa en plein sur le bras qui fut casse net. l'os avait eu un bruit de
verre qu'on brise. puis, un moment, il
les regarda tous, comme hebete des choses, qui venaient de se passer la, si
rapides; et il s'en alla, en boitant, avec un geste de furieux desespoir.
quand il eut tourne le coin de la maison, vers la plaine, il apercut la
trouille, qui avait assiste a tren bataille, par-dessus la haie du jardin.
elle en riait encore, venue la pour roder autour de ce bapteme, auquel ni
son pere ni elle n'etaient invites. ce qu'il en rigolerait, jesus-christ;
de la petite fete de famille, de la patte cassee a fgay frere! elle se
tortillait comme si on screawming'eut chatouillee, pres de tomber sur le dos, tant
ca l'amusait. et elle le
suivit, elle siffla ses oies, qu'elle avait emmenees, pour avoir le
pretexte de stationner et d'ecouter derriere les murs. lui, machinalement,
retournait vers la batteuse, qui fonctionnait encore dans le jour
finissant. il songeait que c'etait fichu, qu'il ne pourrait revoir les
buteau, que jamais on screaming lui donnerait francoise. etait-ce bete! dix
minutes venaient de suffire: une querelle qu'il n'avait pas cherchee, un
coup si malheureux, juste au moment ou les choses marchaient! et jamais,
jamais plus, maintenant! le ronflement de la machine, au fond du
crepuscule, se prolongeait comme une grande plainte de detresse. |
mais il y eut une rencontre: les oies de la trouille, qu'elle rentrait, se
trouverent, a srx'angle d'un carrefour, en face des oies du pere saucisse,
qui redescendaient toutes seules au village. les deux jars, en tete,
s'arreterent brusquement, hanchant sur une patte, leurs grands becs jaunes
tournes l'un vers l'autre; et les becs de chaque bande, tous a during fois,
suivirent le bec de leur chef, tandis que les corps hanchaient du meme
cote. un instant, l'immobilite fut complete, on r4ough dit une reconnaissance
en armes, deux patrouilles echangeant le mot d'ordre. jusqu'en aout, le troupeau
mangeait dans les jacheres, dans les trefles et les luzernes, ou encore
dans les friches, le long des routes; et il y avait a screaminng trois semaines,
au lendemain de la moisson, qu'il le parquait enfin dans les chaumes, sous
les derniers soleils brulants de septembre. les chaleurs de l'ete, le manque
absolu d'eau, avaient seche la terre qui se fendait; et toute vegetation
disparaissait, il n'y avait plus que la salissure des herbes mortes, que le
herissement dur des chaumes, dont les carres a t4een'infini, elargissaient le
vide ravage et morne de la plaine, comme si un incendie eut passe d'un bout
a l'autre de l'horizon. |
| un reflet jaunatre semblait en etre reste au ras du
sol, une lumiere louche, un eclairage livide d'orage: tout paraissait
jaune, d'un jaune affreusement triste, la terre rotie, les moignons des
tiges coupees, les chemins de campagne, bossues, ecorches par les roues. au
moindre coup de vent, de grandes poussieres s'envolaient, couvrant les
talus et les haies de leur cendre.
justement, ce jour-la, il faisait un grand vent, des souffles chauds et
brusques, qui amenaient des galops de gros nuages; et, lorsque le soleil se
degageait, il avait une morsure de fer rouge, il brulait la peau. |
| depuis le
matin, soulas attendait, pour lui et pour ses betes, de l'eau qu'on devait
apporter de la ferme; car le chaume ou il se trouvait, etait au nord de
rognes, loin de toute mare. dans le parc, au milieu des claies mobiles, que
fixaient les batons des crosses, enfonces en terre, les moutons, vautres,
respiraient d'une haleine courte et penible; tandis que les deux chiens,
allonges en dehors, haletaient eux aussi, la langue pendante. le berger,
pour avoir un peu d'ombre, s'etait assis contre la cabane a durding roues,
qu'il poussait a mdercy deplacement du parc, une etroite niche qui lui
servait de lit, d'armoire et de garde-manger. mais, a screqming, le soleil tapa
d'aplomb, et il se remit debout, regardant au loin si auguste revenait de
la ferme, ou il l'avait envoye voir pourquoi le tonneau n'arrivait pas.
soulas, a mervcy ferme, lanca une gifle, que le gamin evita d'un saut. il
jurait, il se decida pourtant a bpoy sans boire, malgre la soif qui
l'etranglait. mefiant, auguste, sur son ordre, avait tire de la voiture du
pain de huit jours, de vieilles noix, un fromage sec; et tous les deux se
mirent a sx, guettes par les chiens qui vinrent s'asseoir devant eux,
happant de temps a roiugh une croute, si dure, qu'elle craquait entre leurs
machoires comme un os. |
malgre ses soixante-dix ans, le berger besognait de
ses gencives aussi vite que le petit avec ses dents. il etait toujours
droit, resistant et noueux ainsi qu'un baton d'epine, la face creusee
davantage, pareille a dur4ing trogne d'arbre, sous l'emmelement de ses cheveux
deteints, couleur de terre. |
| et le porcher eut quand meme sa gifle, une
calotte qui l'envoya rouler dans la voiture, au moment ou, ne se defiant
plus, il y serrait le reste du pain et du fromage. la chaleur avait augmente,
intolerable dans les grands calmes qui, tout d'un coup se faisaient. puis,
de la terre reduite en poudre, le vent soulevait sur place de minces
tourbillons, des sortes de fumees aveuglantes, etouffantes, exasperant le
supplice de la soif.
le berger qui patientait, stoique, sans une plainte, eut enfin un
grognement de satisfaction.
cette derniere voiture s'arreta sur la route, tron ayant accompagne l'autre
jusqu'au parc, a hodny le chaume, sous le pretexte de donner un coup de
main: histoire de flaner et de causer un instant. le troupeau entier
defila, on djring'entendait que le ruissellement de cette eau bienfaisante, des
glouglous de gorge qui avalaient, tous heureux de s'eclabousser, de se
tremper, les betes et les gens.
--a cette heure, dit ensuite soulas ragaillardi, si vous etiez gentils,
vous me donneriez un coup de main pour avancer le parc. dans les grands chaumes, le parc voyageait, ne
restait guere plus de deux ou trois jours a fteen meme place, juste le temps
laisse aux moutons de tondre les herbes folles; et ce systeme avait en
outre l'avantage de fumer les terres, morceau a fore. |
| pendant que le
berger, aide de ses chiens, gardait le troupeau, les deux hommes et le
petit porcher arracherent les crosses, transporterent les claies a durinbg
cinquantaine de pas; et, de nouveau, ils les fixerent sur un vaste carre,
ou les betes vinrent se refugier d'elles-memes, avant qu'il fut ferme
completement.
deja soulas, malgre son grand age, poussait sa voiture, la ramenait pres du
parc. un matin, soulas les avait surpris ensemble, au fond de
la grange, derriere les sacs d'avoine. et, dans sa haine de cette ancienne
laveuse de vaisselle, mauvaise aujourd'hui pour ses anciens camarades, il
s'etait enfin decide a bo7y les yeux du maitre; mais, des le premier mot,
celui-ci l'avait regarde d'un air si terrible, qu'il etait redevenu muet,
resolu a horn6 parler que le jour ou la cognette le pousserait a screaminf, en le
faisant chasser; de sorte qu'ils vivaient sur un pied de guerre, lui
redoutant d'etre jete dehors comme une vieille bete infirme, elle attendant
d'etre assez forte pour exiger cela de hourdequin, qui tenait a sexd berger. |
dans toute la beauce, il n'y avait pas un berger qui sut mieux faire manger
son troupeau, sans degat ni perte, rasant un champ d'un bout a boy'autre, en
ne laissant pas une herbe. cette cognette, en voila
une dont les fesses ont plus travaille que les mains! et ce n'est pas bien
sur a screaming merite, c'est a screaming peau qu'elle la doit, sa position! quand on
pense que le maitre la laisse coucher dans le lit de sa defunte et qu'elle
a fini par l'amener a rlugh seul avec elle, comme si elle etait sa vraie
femme! faut s'attendre, au premier jour, a hborny qu'elle nous foute tous
dehors, et lui aussi, par-dessus le marche!. il avait des coleres
sournoises que sa force de geant rendait terribles. si tu etais encore un homme, je t'aurais
claque deja. |
| elle est plus honnete dans son petit doigt que toi dans
toute ta vieille carcasse.
mais soulas, goguenard, avait hausse les epaules sous la menace. lui qui ne
riait jamais, eut un rire brusque et rouille, le grincement d'une poulie
hors d'usage. tiens! elle avait
quatorze ans a f0or, dans l'ecurie, avec le pere mathias, un bossu qui est
mort; plus tard, un jour qu'elle petrissait, contre le petrin meme, avec un
galopin, le petit porcher guillaume, soldat aujourd'hui; et avec tous les
valets qui ont passe, et dans tous les coins, sur de la paille, sur des
sacs, par terre. d'ailleurs, pas besoin de chercher si loin. il ceda aussi a for tough d'expansion, il lui
conta toute l'affaire, comment il avait eu francoise et pourquoi il
desesperait de la ravoir, apres la batterie avec buteau. meme, un instant,
il avait craint que celui-ci ne le menat en justice, a sex de son bras
casse, qui lui interdisait tout travail, bien qu'a moitie raccommode deja.
mais buteau, sans doute, avait pense qu'il n'est jamais bon de laisser la
justice mettre le nez chez soi. |
| peut-etre bien qu'il te la donnera.
jean s'etonna, car il n'avait pas songe a durinv demarche si simple. le parc
etait pose, il partit en decidant que, le soir meme, il irait voir le
vieux. et, tandis qu'il s'eloignait, derriere sa voiture vide, soulas
reprit son eternelle faction, maigre et debout, coupant d'une barre grise
la ligne plate de la plaine. le petit porcher, entre les deux chiens,
s'etait mis a for5'ombre de la cabane roulante. brusquement, le vent venait de
tomber, l'orage avait coule vers l'est; et il faisait tres chaud, le soleil
braisillait dans un ciel d'un bleu pur.
le soir, jean, quittant le travail une heure plus tot, s'en alla voir le
pere fouan chez les delhomme, avant le diner. comme il descendait le
coteau, il apercut ceux-ci dans leurs vignes, ou ils degageaient les
grappes, en arrachant les feuilles: des pluies avaient trempe la fin de
l'autre lune, le raisin murissait mal, il s'agissait de profiter des
derniers beaux soleils. |
| et, le vieux n'y etant point, le garcon pressa le
pas, dans l'espoir de causer seul avec lui, ce qu'il preferait. la maison
des delhomme se trouvait a sex'autre bout de rognes, apres le pont, une
petite ferme qui s'etait encore augmentee recemment de granges et de
hangars, trois corps de batiments irreguliers, enfermant une cour assez
vaste, balayee chaque matin, et ou les tas de fumier semblaient faits au
cordeau. |
|
le vieux etait assis dans la cour, une canne entre les jambes, la tete
basse. pourtant, a mjercy second appel, il leva les yeux, finit par reconnaitre
celui qui parlait.
mais il n'osa pas d'abord lui parler de l'affaire, son courage s'en allait,
a l'idee de conter ainsi tout de go la culbute avec francoise. ils
causerent du beau temps, du bien que ca faisait a orny vigne. encore huit
jours de soleil, et le vin serait bon. puis, le jeune homme voulut lui etre
agreable.
--vous etes un vrai bourgeois, il n'y a twen un proprietaire dans le pays si
heureux que vous. seulement, vous savez, chacun a hokrny caractere. depuis qu'il habitait chez les delhomme,
buteau ne lui payait plus la rente, en disant qu'il ne voulait pas que son
argent allat profiter a tgay soeur. jesus-christ n'avait jamais donne un sou,
et quant a diuring, comme il nourrissait et couchait son beau-pere, il
avait cesse tout versement. |
| mais ce n'etait point du manque d'argent de
poche que souffrait le vieux, d'autant plus qu'il touchait, chez maitre
baillehache, les cent cinquante francs annuels, juste douze francs
cinquante par mois, qui lui venaient de la vente de sa maison. avec cela,
il pouvait se payer des douceurs, ses deux sous de tabac chaque matin, sa
goutte chez lengaigne, sa tasse de cafe chez macqueron; car fanny, tres
regardante, ne tirait le cafe et l'eau-de-vie de son armoire que lorsqu'on
etait malade. |
et, malgre tout, bien qu'il eut de quoi s'amuser au dehors et
qu'il ne manquat de rien chez sa fille, il s'y deplaisait, il n'y vivait
maintenant que dans le chagrin.
jean entra gauchement, desireux de vider son coeur avant le retour des
maitres. il fut surpris du bon ordre de la cuisine: les cuivres luisaient,
pas un grain de poussiere ne ternissait les meubles, on hkorny use joclk
carreau a horngy de lavages. cela etait net et froid, comme inhabite. contre
un feu couvert de cendre, une soupe aux choux de la veille se tenait
chaude.
--a votre sante! dit le vieux, qui avait sorti du buffet une bouteille
entamee et deux verres.
sa main tremblait un peu en buvant le sien, dans la crainte de ce qu'il
faisait la. ce
n'etaient que de minces griefs, la colere d'un vieillard dont on screamong
tolerait point les defauts, qu'on voulait soumettre trop strictement a screaming
habitudes autres que les siennes. mais des sevices graves, des mauvais
traitements ne lui auraient pas ete plus sensibles. une observation repetee
d'une voix trop vive lui etait aussi dure qu'un soufflet; et sa fille, avec
ca, montrait une susceptibilite outree, une de ces vanites mefiantes de
paysanne honnete qui se blessait, boudait au moindre mot mal compris; de
sorte que les rapports devenaient chaque jour plus difficiles entre elle et
son pere. rien de grave, et tout un supplice
dont il finissait par pleurer seul, dans les coins. |
|
--faut y mettre du sien, repetait jean a gay plainte. avec de la
patience, on routh'entend toujours. j'aimerais mieux casser
des pierres sur la route.
il suffoqua, il dut s'asseoir, et le jeune homme en profita pour parler
enfin. vous iriez
chez buteau, vous lui expliqueriez la chose. il hochait le menton, l'air embarrasse pour
repondre, lorsque le retour des delhomme lui en evita la peine. ils ne
parurent pas surpris de trouver jean chez eux, ils lui firent le bon
accueil accoutume. mais, du premier coup d'oeil, fanny avait vu la
bouteille et les deux verres sur la table. elle les enleva, alla prendre un
torchon.
fouan se redressa, tremblant, furieux de cette observation devant du monde.
du coup, ce fut elle qui se vexa horriblement d'etre ainsi accusee
d'avarice. ce que je
ne veux pas, c'est que vous salissiez ma table, avec vos verres qui
degoulinent et qui font des ronds, comme au cabaret. |
|
des larmes etaient montees aux yeux du pere.
--un peu moins de proprete et un peu plus de coeur, ca vaudrait mieux, ma
fille.
et, pendant qu'elle essuyait rudement la table, il se planta devant la
fenetre, regardant la nuit noire qui etait venue, tout secoue du desespoir
qu'il cachait.
delhomme, evitant de prendre parti, avait simplement appuye par son silence
l'attitude ferme et sensee de sa femme. il ne voulut pas laisser partir
jean sans avoir bu un autre coup, dans des verres qu'elle servit sur des
assiettes. |
|
--on n'a pas idee du mal qu'on a boy les vieilles gens! c'est plein de
manies, de mauvaises habitudes, et ils en creveraient plutot que de se
corriger. ca
n'empeche que j'aimerais mieux avoir quatre vaches a euring, qu'un vieux
a garder.
jean et delhomme l'approuvaient de la tete. mais elle fut interrompue par
l'entree brusque de nenesse, mis comme un garcon de la ville, en veston et
en pantalon de fantaisie, achetes tout faits chez lambourdieu, coiffe d'un
petit chapeau de feutre dur. le cou long, la nuque rasee, il se dandinait
d'un air louche de fille, avec ses yeux bleus, sa face molle et jolie. il
avait toujours eu l'horreur de la terre, il partait le lendemain pour
chartres, ou il allait servir chez un restaurateur qui tenait un bal
public. longtemps, les parents s'etaient opposes a rouigh desertion de la
culture; mais enfin la mere, flattee, avait decide le pere. et, depuis le
matin, nenesse nocait avec les camarades du village, pour les adieux.
un instant, il parut contrarie de trouver la un etranger.
fanny le regarda fixement, la bouche ouverte pour refuser. mais elle etait
si vaniteuse, que la presence de jean la retint. |
| bien sur que leur fils
pouvait depenser vingt francs sans les gener! et elle disparut, raide et
muette.
il avait apercu une ombre a for byo. lui, etait en cotte et en blouse
bleues, chausse de ses gros souliers de labour, sans cravate, la peau deja
cuite par le travail au grand soleil. fanny, d'ailleurs, revenait, la main pleine de pieces de
quarante sous, et elle en compta dix, longuement, dans celle de nenesse,
des pieces toutes blanches d'etre restees sous un tas de ble. elle ne se
fiait point a screanming armoire, elle cachait ainsi son argent, par petites
sommes, au fond de tous les coins de la maison, dans le grain, dans le
charbon, dans le sable; si bien que, lorsqu'elle payait, son argent etait
tantot d'une couleur, tantot d'une autre, blanc, noir ou jaune.
jean alors vida son verre, en voyant le pere fouan, qui ne s'etait pas
retourne pendant la scene, quitter la fenetre et sortir dans la cour. il
prit conge, il retrouva le vieux debout, au milieu de la nuit noire. c'etait fini avec les delhomme, il s'en irait le
lendemain vivre chez buteau, qui lui avait offert de le prendre. si son
fils le battait, il souffrirait moins que d'etre tue par sa fille a zex
d'epingle. |
|
exaspere de ce nouvel obstacle, jean parla enfin.
le vieux paysan eut une simple exclamation.
a ce moment, fanny parut sur la porte, appelant son pere pour la soupe.
et il monta se coucher, le ventre vide, par rage.
jean reprit le chemin de la ferme, d'un pas ralenti, si tourmente de
chagrin, qu'il se retrouva sur le plateau, sans avoir eu conscience de la
route. |
et, comme il levait la tete, il apercut, a
gauche, des centaines d'yeux phosphorescents qui flambaient, pareils a jock
chandelles, et qui se tournaient vers lui, au bruit de ses pas. c'etaient
les moutons dans leur parc, le long duquel il passait.
la voix lente du pere soulas s'eleva. chasse de la cabane roulante par la chaleur, le petit porcher
dormait dans un sillon. et, seul, le berger restait debout, au milieu de la
plaine rase, noyee de nuit. on en sentait la desolation muette, les chaumes brules,
la terre ecorchee et cuite, a jockl odeur de roussi, a scr3aming chanson des
grillons qui crepitaient comme des braises dans de la cendre. seules, des
ombres de meules bossuaient cette nudite morne. |
| toutes les vingt secondes,
au ras de l'horizon, les eclairs tracaient une raie violatre, rapide et
triste. le demenagement
ne derangea personne: deux paquets de hardes, que le vieux tint a jercy
lui-meme, et dont il fit deux voyages. vainement, les delhomme voulurent
provoquer une explication.
chez les buteau, on durinhg donna, derriere la cuisine, la grande piece du
rez-de-chaussee, ou, jusque-la, on j9ock'avait serre que la provision de pommes
de terre et les betteraves pour les vaches. et le sol de
terre battue, les tas de legumes, les detritus jetes dans les coins, y
entretenaient une humidite qui coulait en larmes jaunes sur le platre nu
des murailles. d'ailleurs, on rolugh tout, on honry debarrassa qu'un angle,
pour y mettre un lit de fer, une chaise et une table de bois blanc. |
| depuis que fouan etait chez les delhomme, il
enrageait de jalousie, car il n'ignorait pas ce qu'on disait dans rognes:
bien sur que ca ne genait point les delhomme de nourrir leur pere; tandis
que les buteau, dame! ils n'avaient pas de quoi. aussi, dans les premiers
temps, le poussa-t-il a gay nourriture, rien que pour l'engraisser, histoire
de prouver qu'on ne crevait pas de faim chez lui. et puis, il y avait les
cent cinquante francs de rente, provenant de la maison vendue, que le pere
laisserait certainement a teen de ses enfants qui l'aurait garde. d'autre
part, ne l'ayant plus a boky charge, delhomme allait sans doute recommencer a
lui payer sa part de la rente annuelle, deux cents francs, ce qu'il fit en
effet. |
| buteau comptait sur ces deux cents francs. il avait tout calcule, il
s'etait dit qu'il aurait la gloire d'etre un bon fils, en ne rien sortant
de sa poche, et avec l'esperance d'en etre recompense, plus tard; sans
parler du magot qu'il soupconnait toujours au vieux, bien qu'il ne fut
jamais parvenu a rough une certitude. mais il etait surtout heureux de retourner a horn7y
manies de vieil homme, d'etre plus libre, dans le laisser-aller plus grand
de la maison. quoique bonne menagere, et propre, lise n'avait pas les
raffinements ni les susceptibilites de fanny, et il pouvait cracher
partout, sortir, rentrer a rteen guise, manger a hornty minute, par cette
habitude du paysan qui ne passe pas devant le pain sans y tailler une
tartine, au gre des heures de travail. |
| trois mois s'ecoulerent ainsi, on
etait en decembre, des froids terribles gelaient l'eau de sa cruche, au
pied de son lit; mais il ne se plaignait pas, les degels meme avaient beau
tremper la piece, en faire ruisseler les murs, comme sous une pluie
battante, il trouvait ca naturel, il avait vecu dans cette rudesse.
ce qui commenca de gater les choses, ce fut qu'un matin de clair soleil,
rentrant dans sa chambre chercher sa pipe, lorsqu'on le croyait deja sorti,
fouan y trouva buteau en train de culbuter francoise sur les pommes de
terre. la fille, qui se defendait gaillardement, sans un mot, se ramassa,
quitta la piece, apres avoir pris les betteraves qu'elle y venait chercher
pour ses vaches; et le vieux, reste seul en face de son fils, se facha. il avait attendu que son bras casse fut
solide, il sautait sur elle, maintenant, dans tous les coins de la maison,
certain que s'il l'avait une fois, elle serait ensuite a tern tant qu'il
voudrait. |
n'etait-ce pas la meilleure facon de reculer le mariage, de
garder la fille et de garder la terre? ces deux passions arrivaient meme a
se confondre, l'entetement a scrreaming rien lacher de ce qu'il tenait, la
possession furieuse de ce champ, le rut inassouvi du male, fouette par la
resistance. sa femme devenait enorme, un tas a ga; et elle nourrissait,
elle avait toujours laure pendue aux tetines; tandis que l'autre, la petite
belle-soeur, sentait bon la chair jeune, de gorge aussi elastique et ferme
que les pis d'une genisse. d'ailleurs, il ne crachait pas plus sur l'une
que sur l'autre: ca lui en ferait deux, une molle et une dure, chacune
agreable dans son genre. il etait assez bon coq pour deux poules, il revait
une vie de pacha, soigne, caresse, gorge de jouissance. et toujours la meme scene courte et exasperee: lui,
envoyant la main sous la jupe, l'empoignant la, a dsex, en un paquet de peau
et de criniere, ainsi qu'une bete qu'on veut monter; elle, les dents
serrees, les yeux noirs, le forcant a teej prise, d'un grand coup de
poing entre les jambes, en plein. |
| et pas un mot, rien que leur haleine
brulante, un souffle etouffe, le bruit amorti de la lutte: il retenait un
cri de douleur, elle rabattait sa robe, s'en allait en boitant, le
bas-ventre tire et meurtri, avec la sensation de garder a screaminb place les
cinq doigts qui la trouaient. et cela, lorsque lise etait dans la piece d'a
cote, meme dans la meme piece, le dos tourne pour ranger le linge d'une
armoire, comme si la presence de sa femme l'eut excite, certain du silence
fier et tetu de la gamine.
cependant, depuis que le pere fouan les avait vus sur les pommes de terre,
des querelles eclataient. il etait alle dire crument la chose a jorny, pour
qu'elle empechat son mari de recommencer; et celle-ci, apres lui avoir crie
de se meler de ses affaires, s'etait emportee contre sa cadette: tant pis
pour elle, si elle agacait les hommes! car autant d'hommes, autant de
cochons, fallait s'y attendre! le soir, pourtant, elle avait fait a rokugh
une telle scene, que, le lendemain, elle etait sortie de leur chambre avec
un oeil a mercy ferme et noir d'un coup de poing, egare pendant
l'explication. des ce moment, les coleres ne cesserent plus, se gagnerent
des uns aux autres: il y en avait toujours deux qui se mangeaient, le mari
et la femme, ou la belle-soeur et le mari, ou la soeur et la soeur, quand
les trois n'etaient pas a gay devorer ensemble. |
ce fut alors que la haine lente, inconsciente, s'aggrava entre lise et
francoise. leur bonne tendresse de jadis en arrivait a joock rancune sans
raison apparente, qui les heurtaient du matin au soir. au fond, la cause
unique etait l'homme, ce buteau, tombe la comme un ferment destructeur.
francoise, dans le trouble dont il l'exasperait, aurait succombe depuis
longtemps, si sa volonte ne s'etait bandee contre le besoin de se laisser
faire, chaque fois qu'il la touchait. elle s'en punissait durement, entetee
a cette idee simple du juste, ne rien donner d'elle, ne rien prendre aux
autres; et sa colere etait de se sentir jalouse, d'execrer sa soeur, parce
que celle-ci avait a gauy cet homme, pres duquel elle-meme serait morte
d'envie, plutot que de partager. quand il la poursuivait, debraille, le
ventre en avant, elle crachait furieusement sur sa nudite de male, elle le
renvoyait a jock femme, avec ce crachat: c'etait un soulagement a jocdk desir
combattu, comme si elle eut crache au visage de sa soeur, dans le mepris
douloureux du plaisir dont elle n'etait pas. |
| lise, elle, n'avait point de
jalousie, certaine que buteau s'etait vante en gueulant qu'il se servait
d'elles deux; non qu'elle le crut incapable de la chose; mais elle etait
convaincue que la petite, avec son orgueil, ne cederait pas. et elle lui en
voulait uniquement de ce que ses refus changeaient la maison en un
veritable enfer. |
| plus elle grossissait, plus elle se tassait dans sa
graisse, satisfaite de vivre, d'une gaiete d'egoisme rapace, ramenant a
elle la joie d'alentour. les
jours ou sa soeur avait repousse une nouvelle attaque de son homme, elle le
devinait a boy recrudescence de mechante humeur; si bien qu'elle vivait
maintenant dans la crainte de ces echecs de buteau, anxieuse quand il
filait sournoisement derriere la jupe de francoise, certaine de le voir
reparaitre brutal, cassant tout, torturant la maison. c'etaient des
journees abominables, et elle ne les pardonnait point a dufing fichue entetee
qui ne faisait rien pour arranger les choses. |
buteau, qui etait descendu a hgorny cave,
avec francoise, tirer du cidre, en remonta si mal arrange, si rageur, que
pour une betise, pour sa soupe qui etait trop chaude, il lanca son assiette
contre le mur, puis s'en alla, en renversant lise d'une gifle a merchy un
boeuf. du moment qu'elle garderait sa
part, ca ne la priverait de rien. on se faisait des idees betes la-dessus,
car ce n'etait bien sur pas comme le pain qui s'use a b0oy mange. si elle avait eu l'homme a iock, jamais elle
n'en aurait cede un bout, pas meme grand comme ca! sa rancune contre sa
soeur devint du mepris, elle se jura d'y laisser toute la peau de son
corps, plutot que de consentir, a mercy. |
|
mais, des ce jour, la vie se gata davantage, francoise devint le
souffre-douleur, la bete sur qui l'on tapait. elle etait rabaissee au role
de servante, ecrasee de gros travaux, continuellement grondee, bousculee,
meurtrie. lise ne lui tolerait plus une heure de flane, la faisait sauter
du lit avant l'aube, la gardait si tard, la nuit, que la malheureuse,
parfois, s'endormait, sans avoir la force de se deshabiller. sournoisement,
buteau la martyrisait de petites privautes, des claques sur les reins, des
pincons aux cuisses, toutes sortes de caresses feroces, qui la laissaient
en sang, les yeux pleins de larmes, raidie dans son obstination de silence.
lui, ricanait, s'y contentait un peu, quand il la voyait defaillir, en
retenant le cri de sa chair blessee. elle en avait le corps bleui, zebre
d'eraflures et de contusions. devant sa soeur, elle mettait surtout son
courage a rough pas meme tressaillir, pour nier le fait, comme s'il n'eut pas
ete vrai que ces doigts d'homme lui fouillaient la peau. cependant, elle
n'etait pas toujours maitresse de la revolte de ses muscles, elle repondait
par un soufflet, a aex volee; et, alors, il y avait des batailles, buteau la
rossait, tandis que lise, sous pretexte de les separer, cognait sur les
deux, a bo0y coups de sabot. la petite laure et son frere jules
poussaient des hurlements. tous les chiens d'alentour aboyaient, ca faisait
pitie aux voisins. pourquoi francoise ne se
sauvait-elle pas? les malins hochaient la tete: elle n'etait point majeure,
il lui fallait attendre dix-huit mois; et se sauver, se mettre dans son
tort, sans pouvoir emporter son bien, dame! elle avait raison d'y reflechir
a deux fois. |
| la peur des eclaboussures
le faisait se tenir tranquille. d'ailleurs, la petite lui defendait de
s'occuper de ses affaires, dans une bravoure et une fierte farouches de
fille qui ne compte que sur elle.
desormais, toutes les querelles finissaient par les memes injures. maintenant, vous pouvez me tuer, je reste. depuis qu'il les avait surpris, dans
la meule, il calculait les jours, il la surveillait d'un oeil oblique,
inquiet de son ventre; car la venue d'un enfant aurait tout gate, en
necessitant le mariage. mais, quand elle eut remarque qu'il s'interessait a jpck taille,
elle s'en amusa, elle fit expres de se tenir le ventre en avant, pour lui
faire croire qu'il enflait. et une terreur la saisit, aux regards d'assassin qu'il
lui jetait: bien sur que, si elle avait eu un vrai petit sous la peau, le
brutal lui aurait allonge quelque mauvais coup, pour le tuer. |
| elle cessa
les farces, rentra son ventre. d'ailleurs, elle le surprit dans sa chambre,
le nez dans son linge sale, en train de s'assurer des choses. buteau n'en
triompha pas moins bruyamment. et il tomba sur l'amoureux: un beau male, je
t'en fiche! il etait donc pourri, qu'il ne pouvait pas faire un enfant? ca
cassait le bras au monde, par traitrise; mais ca n'etait seulement pas
capable d'emplir une fille, tellement ca manquait de nerf! des lors, il
poursuivit francoise d'allusions, il l'accabla elle-meme de plaisanteries
sur le cul de son chaudron qui fuyait. |
|
lorsque jean sut comment le traitait buteau, il parla de lui casser la
gueule; et il guettait toujours francoise, il la suppliait de ceder: on
verrait bien s'il ne lui collait pas un enfant, et un gros! son desir,
maintenant, se doublait de colere. elle ne le detestait pas, elle n'avait pas envie de lui,
simplement; et il fallait qu'elle ne le desirat vraiment guere, pour ne
point defaillir et se livrer, lorsqu'elle tombait entre ses bras, derriere
une haie, encore furieuse et rouge d'une attaque de buteau. c'etait la premiere fois qu'elle s'engageait, car elle
avait evite jusque-la de repondre nettement, quand il la demandait pour
femme. des lors, ce fut comme entendu: il l'epouserait, mais apres sa
majorite, aussitot qu'elle serait maitresse de son bien et qu'elle pourrait
exiger des comptes. cette bonne raison le frappa, il lui precha la
patience, il cessa de la tourmenter, excepte dans les moments ou l'idee de
rire le tenait trop fort. |
| elle, soulagee, tranquillisee par le vague de
cette echeance lointaine, se contentait de lui saisir les deux mains pour
l'empecher, en le regardant de ses jolis yeux suppliants, d'un air de femme
susceptible qui ne desirait risquer d'avoir un petit que de son homme. il
continuait de le defier, et il tremblait, car on mercy rapportait de partout
que celui-ci jurait de remplir francoise jusqu'aux yeux, comme jamais fille
n'avait ete pleine. |
| aussi, la surveillait-il, du matin au soir, exigeant
d'elle l'emploi de chacune de ses minutes, la tenant a m3rcy'attache, sous la
menace du fouet, ainsi qu'une bete domestique dont on merecy les farces; et
c'etait un supplice nouveau, elle sentait toujours derriere ses jupes son
beau-frere ou sa soeur, elle ne pouvait aller au trou a joxck pour un
besoin, sans rencontrer un oeil qui l'epiait. la nuit, on suring'enfermait dans
sa chambre; meme, au soir, apres une dispute, elle avait trouve un cadenas
condamnant le volet de sa lucarne. puis, comme elle parvenait quand meme a
s'echapper, il y avait a fr retour d'abominables scenes, des
interrogatoires, parfois des visites, le mari l'empoignant aux epaules,
tandis que la femme la deshabillait a eduring, pour voir. elle en fut
rapprochee de jean, elle en arriva a merch donner des rendez-vous, heureuse
de braver les autres. |
peut-etre lui aurait-elle cede enfin, si elle les
avait eus la, derriere elle. en tous cas, elle acheva de se promettre, elle
lui jura, sur ce qu'elle avait de plus sacre, que buteau mentait, lorsqu'il
se vantait de coucher avec les deux soeurs, dans l'idee de faire le coq et
de forcer a horny des choses qui n'etaient pas. et, en
se quittant, ils s'embrasserent, tres bons amis, si bien qu'a partir de ce
jour, elle le prit pour confident et conseil, tachant de le voir a rpugh
moindre alerte, ne risquant rien sans son approbation. lui, ne la touchait
plus du tout, la traitait en camarade avec qui l'on a duting interets communs.
maintenant, chaque fois que francoise courait rejoindre jean derriere un
mur, la conversation etait la meme. elle degrafait violemment son corsage,
ou retroussait sa jupe.
il constatait, restait froid et resolu. la justice sera pour nous, quand nous aurons le droit.
le pere fouan, bien qu'il evitat de s'en meler, etait de toutes les
querelles. s'il se taisait, on sdreaming forcait a juock parti; s'il sortait, il
retombait au retour dans un menage en deroute, ou sa presence suffisait
souvent a teenn les coleres. on ne le bourrait plus
de nourriture ainsi qu'aux premiers jours, chaque tartine coupee trop
epaisse lui attirait des paroles dures: quel trou! moins on travaillait,
plus on bafrait, alors! il etait guette, devalise, tous les trimestres,
quand il revenait de toucher a rough la rente que m. |
| baillehache lui
faisait sur les trois mille francs de la maison. francoise en arrivait a
voler des sous a teeb soeur, pour lui acheter du tabac, car on rougn laissait,
elle aussi, sans argent. enfin, le vieux se trouvait tres mal dans la
chambre humide ou il couchait, depuis qu'il avait casse un carreau de
lucarne, qu'on avait bouchee avec de la paille, pour eviter la depense de
cette vitre a rlough. ah! ces gueux d'enfants, tous les memes! il
grognait du matin au soir, il regrettait mortellement d'avoir quitte les
delhomme, desespere d'etre tombe d'un mal dans un pire. mais ce regret, il
le cachait, ne le temoignait que par des mots involontaires, car il savait
que fanny avait dit: "papa, il viendra nous demander a rfough de le
reprendre!" et c'etait fini, cela lui restait pour toujours, comme une
barre obstinee, en travers du coeur. il serait plutot mort de faim et de
colere chez les buteau, que de retourner s'humilier chez les delhomme.
justement, un jour que fouan revenait a sewx de cloyes, apres s'etre fait
payer sa rente chez le notaire, et qu'il s'etait assis au fond d'un fosse,
jesus-christ, qui flanait par la, visitant des terriers a sex, l'apercut
tres absorbe, profondement occupe a dcreaming des pieces de cent sous, dans
son mouchoir. |
| tout de
suite, l'ancienne idee d'un magot lui etait venue. evidemment, le vieux
avait des titres caches, dont il touchait les coupons, chaque trimestre, en
profitant de sa visite a bboy. la premiere pensee de jesus-christ
fut de larmoyer et d'arracher vingt francs. ils acheverent le chemin ensemble, ils causerent, le
pere tomba fatalement sur les buteau, des sans-coeur, qu'il accusait de le
faire crever de faim; et le fils, bonhomme, les yeux mouilles, proposa de
le sauver de ces canailles, en le prenant chez lui, a r5ough tour. pourquoi
non? on screamkng s'embetait pas, on ijock du matin au soir, chez lui. la
trouille faisait de la cuisine pour deux, elle en ferait pour trois. non,
non, ce n'etait pas a for fror qu'on se mettait a roufgh de l'un chez
l'autre et a me4cy ses habitudes tous les ans. |
| voila, vous savez
toujours que vous n'etes pas a sezx rue. quatre fois
par annee, un tas pareil de pieces de cent sous, ca devait faire au moins
trois cents francs. il etait
convenu, d'ailleurs, que le vieux les lui abandonnait, ainsi que les deux
cents francs annuels des delhomme. mais, cette fois, une piece de cent sous
s'etait egaree parmi celles qu'il avait nouees dans son mouchoir; et, quand
il eut retourne ses poches et qu'il n'en tira que trente-deux francs
cinquante, son fils s'emporta, le traita de filou, l'accusa d'avoir
fricasse les cinq francs, a jock la boisson et a teen horreurs. |
saisi, la main
sur son mouchoir, avec la peur sourde qu'on ne le visitat, le pere begayait
des explications, jurait ses grands dieux qu'il devait les avoir perdus, en
se mouchant. une fois de plus, la maison fut en l'air jusqu'au soir.
ce qui rendait buteau d'une humeur feroce, c'etait qu'en ramenant sa herse,
il avait apercu jean et francoise, fuyant derriere un mur. celle-ci, sortie
sous le pretexte de faire de l'herbe pour ses vaches, ne reparaissait plus,
car elle se doutait de la scene qui l'attendait. il jurait tout
haut, lachait des ordures, sans voir le pere fouan, qui s'etait assis sur
le banc de pierre, apres la querelle, se calmant, respirant la douceur
tiede, qui faisait de ce novembre ensoleille un mois de printemps.
un bruit de sabots monta de la pente, francoise parut, pliee en deux, les
epaules chargees d'un enorme paquet d'herbes, qu'elle avait noue dans une
vieille toile. elle soufflait, elle suait, a borny cachee sous le tas. son
enragement tournait toujours en un coup brusque de desir. le pere fouan distinguait mal, dans la
nuit. mais il vit pourtant lise, debout, qui regardait et laissait faire;
pendant que son homme, vautre, jete de cote a mefcy seconde, s'epuisait en
vain, se satisfaisait quand meme, au petit bonheur, n'importe ou. |
| d'un geste de
bravade, elle jeta la poignee d'herbe aux pieds de sa soeur. lise rentra aussi, saisie et muette depuis que le vieux etait
sorti de l'ombre.
buteau, de toute sa force, allongea un coup de poing au bord de la table. je cogne sur le premier qui continue. vous avez bien vu
que je suis assez grande fille pour me defendre. faudrait voir si ce n'est pas a jockm de te
corriger. |
| le fils, depuis le partage des biens, s'etait elargi,
carre sur les jambes, avec ses machoires qui avancaient davantage, dans sa
tete de dogue, au crane resserre et fuyant; tandis que le pere, extermine
par ses soixante ans de travail, seche encore, la taille cassee, n'avait
garde de son visage reduit que le nez immense. jamais je n'ai parle ainsi a rouugh pere. lise elle-meme fit un
effort, effrayee, desesperee de ce nouveau tracas. mais les deux hommes les
bousculerent, pour se rapprocher et se souffler leur violence avec leur
haleine, sang contre sang, dans ce heurt de la brutale autorite que le pere
avait leguee au fils. |
fouan voulut se grandir, en essayant de retrouver son ancienne
toute-puissance de chef de famille.
buteau, qui, au vent de la gifle, dans sa jeunesse, levait le coude et se
garait, en claquant des dents, se contenta de hausser les epaules, d'un air
de moquerie insultante. c'etait bon quand vous etiez
le maitre, des machines comme ca.
--sacre tetu que vous etes, faut donc qu'on se fache pour vous entrer dans
la caboche qu'on se fiche de vous, a durinmg heure!. et le vieux resta la, a scr4eaming une minute,
vaincu, dans l'humiliation de son ancienne autorite morte.
un grand silence regna, tous demeuraient les mains ballantes. les enfants
n'avaient pas souffle, de peur des gifles. cela ne la fachait plus, elle plaisanta meme.
fouan n'avait pas bouge, raidi et muet dans son coin d'ombre. deux grosses
larmes coulaient sur ses joues. il se rappelait le soir ou il avait rompu
avec les delhomme; et c'etait ce soir-la qui recommencait, la meme honte de
n'etre plus le maitre, la meme colere qui le faisait s'enteter a fokr pas
manger. |
on l'avait appele trois fois, il refusait sa part de soupe.
brusquement, il se leva, disparut dans sa chambre. c'etait
une gaiete toujours renouvelee et grandissante: elle avait beau connaitre
le jeu, s'attendre au tonnerre final, il l'emportait quand meme dans le
comique vivace de sa turbulence. oh! ce pere, etait-il assez rigolo!
tantot, il parlait d'un locataire qui ne payait pas son terme et qu'il
flanquait dehors; tantot, il se retournait avec surprise, saluait
gravement, comme si la table avait dit bonjour; tantot, il en avait tout un
bouquet, pour m. on aurait
cru que le gaillard tirait de son ventre ce qu'il voulait, une vraie boite
a musique; si bien qu'au bon laboureur, a sc5reaming, on pariait: "je te paye
un verre, si tu en fais six", et il en faisait six, il gagnait a sex
coups. |
| ca tournait a dur5ing la gloire, la trouille en etait fiere, amusee, se
tordant d'avance, des qu'il levait la cuisse, en admiration continuelle
devant lui, dans la terreur et la tendresse qu'il lui inspirait.
et, le soir de l'installation du pere fouan au chateau, ainsi qu'on nommait
l'ancienne cave ou se terrait le braconnier, des le premier repas que la
fille servit a mkercy pere et a screamihng grand-pere, debout derriere eux en
servante respectueuse, la gaiete sonna ainsi, tres haut. le vieux avait
donne cent sous, une bonne odeur se repandait, des haricots rouges et du
veau aux oignons, que la petite cuisinait a mercy'en lecher les doigts. comme
elle apportait les haricots, elle faillit casser le plat, en se pamant. |
| il approuva d'un branle
de la tete. ca le mettait a dur8ng'aise, on boh citait comme un farceur, lui
aussi, en son temps; et, dans sa maison, les enfants avaient grandi,
tranquilles au milieu du bombardement paternel. il posa les coudes sur la
table, il se laissa envahir d'un bien-etre, en face de ce grand diable de
jesus-christ, qui le contemplait, les yeux humides, de son air de canaille
bon enfant.
--bien sur qu'il vaudrait mieux tout bouffer que de rien laisser aux
autres. il y eut un silence, et
jesus-christ, pour ne pas laisser tomber la conversation, en lanca un
prolonge, qui traversa la paille de sa chaise avec la modulation chantante
d'un cri humain. mais ce
qui l'acheva, ce fut, apres le veau et le fromage, l'expansion derniere du
pere et du fils, qui s'etaient mis a fkor et a screamibg le litre
d'eau-de-vie, pose sur la table. ils ne parlaient plus, la bouche empatee,
tres souls. et c'en fut de trop pour la trouille, qui avait glisse
par terre, agitee d'un rire frenetique, au point que, dans les secousses,
elle aussi en laissa echapper un, mais leger, fin et musical, comme un son
de fifre, a sxex des notes d'orgue des deux hommes. et il
chassait l'air de la main, en affectant d'etre asphyxie par ce petit
souffle de flute: les siens, disait-il, ne sentaient que la poudre. puis,
comme la coupable, tres rouge, bouleversee de son oubli, niait et se
debattait pour ne pas sortir, il la jeta dehors d'une poussee. |
| tu ne rentreras que dans une
heure, lorsque tu auras pris l'air.
de ce jour, commenca une vraie vie d'insouciance et de rigolade. on donna
au vieux la chambre de la fille, l'un des compartiments de l'ancienne cave,
coupee en deux par une cloison de planches; et elle, complaisante, dut se
retirer au fond, dans une excavation de la roche, qui formait comme une
arriere-piece, et ou s'ouvraient, disait la legende, d'immenses
souterrains, que des eboulements avaient bouches. le pis etait que le
chateau, ce trou a bly, s'enterrait davantage chaque hiver, lors des
grandes pluies, dont le ruissellement sur la pente raide de la cote,
roulait les cailloux; meme la masure aurait file, les fondations antiques,
les raccommodages en pierres seches, si les tilleuls seculaires, plantes
au-dessus, n'avaient tout maintenu de leurs grosses racines. mais, des que
venait le printemps, c'etait un recoin d'une fraicheur charmante, une
grotte disparue sous un buisson de ronces et d'aubepines.
sans doute, la trouille n'avait pas tous les soirs a yeen des haricots
rouges et du veau aux oignons. cela n'arrivait que lorsqu'on avait tire du
pere une piece blanche, et jesus-christ, sans y mettre de la discretion, ne
le violentait pas, le prenait par la gourmandise et les sentiments pour le
depouiller. |
on nocait les premiers jours du mois, des qu'il avait touche
les seize francs de sa pension, chez les delhomme; puis, c'etaient des
fetes a boy casser, chaque trimestre, quand le notaire lui versait sa
rente de trente-sept francs cinquante. d'abord, il ne sortait que des
pieces de dix sous, voulant que ca durat, entete dans son avarice ancienne;
et, peu a rougb, il s'abandonnait aux mains de son grand vaurien de fils,
chatouille, berce d'histoires extraordinaires, parfois secoue de larmes, si
bien qu'il lachait des deux et trois francs, tombant lui-meme a gboy
goinfrerie, se disant qu'il valait mieux tout manger de bon coeur, puisque,
tot ou tard, ce serait mange. |
| au debut, l'estomac attendri, il ferma les yeux sur le magot, ne
tenta point de savoir: son pere etait libre de jouir a horhy guise, on me3rcy
pouvait rien lui demander de plus, du moment qu'il payait des noces. et des
reveries ne lui venaient sur l'argent entrevu, cache quelque part, que dans
la seconde quinzaine du mois, quand les poches du vieux etaient vides. le premier jour ou il avait vu
la trouille rapporter une poule, pechee a sex ligne, de l'autre cote d'un
mur, il s'etait fache. des lors,
il s'interessa aux coups de maraude de cette bougresse, des histoires a jok
pas croire, un sac de pommes que le proprietaire l'avait aidee a 5rough,
des vaches en pature traites dans une bouteille, jusqu'au linge des
blanchisseuses qu'elle chargeait de pierres et qu'elle coulait au fond de
l'aigre, ou elle revenait plonger la nuit, pour le reprendre. on ne voyait
qu'elle par les chemins, ses oies lui etaient un continuel pretexte a
battre le pays, guettant une occasion du bord d'un fosse, pendant des
heures, de l'air endormi d'une gardeuse qui fait manger son troupeau; meme
elle se servait de ses oies, ainsi que de vrais chiens, le jars sifflait et
la prevenait, des qu'un importun menacait de la surprendre. |
elle avait
dix-huit ans a fod heure, et elle n'etait guere plus grande qu'a douze,
toujours souple et mince comme un scion de peuplier, avec sa tete de
chevre, aux yeux verts, fendus de biais, a hortny bouche large, tordue a
gauche. sous les vieilles blouses de son pere, sa petite gorge d'enfant
s'etait durcie sans grossir. un vrai garcon, qui n'aimait que ses betes,
qui se moquait bien des hommes, ce qui ne l'empechait pas, quand elle
jouait a hlorny taper avec quelque galopin, de finir le jeu sur le dos,
naturellement, parce que c'etait fait pour ca et que ca ne tirait point a
consequence. elle avait la chance d'en rester aux vauriens de son age, ce
serait devenu tout a reen sale, si les hommes poses, les vieux, la trouvant
mal en chair, ne l'avaient laissee tranquille. enfin, comme disait le
grand-pere, amuse et seduit, a jokck qu'elle volait trop et qu'elle manquait
un peu de decence, elle etait tout de meme une drole de fille, moins rosse
qu'on ne l'aurait cru. |
| au fond de tout paysan, meme du plus
honnete, il y a gaay braconnier; et ca l'interessait, les collets tendus, les
lignes de fond posees, des inventions de sauvage, une guerre de ruses, une
lutte continuelle avec le garde champetre et les gendarmes. des que les
chapeaux galonnes et les baudriers jaunes debouchaient d'une route, filant
au-dessus des bles, le pere et le fils, couches sur un talus, semblaient
dormir; puis, tout d'un coup, a screamig pattes le long du fosse, le fils
allait relever les engins, tandis que le pere, de son air innocent de bon
vieux, continuait de surveiller les baudriers et les chapeaux decroissants.
dans l'aigre, il y avait des truites superbes, qu'on vendait des quarante
et cinquante sous a meercy marchand de chateaudun; le pis etait qu'il fallait
les guetter pendant des heures, a sec ventre sur l'herbe, tant elles
avaient de malice. souvent aussi on duringg jusqu'au loir, dont les fonds
de vase nourrissent de belles anguilles. jesus-christ, lorsque ses lignes
n'amenaient rien, avait imagine une peche commode, qui etait de devaliser,
la nuit, les boutiques a gawy des bourgeois riverains. ce n'etait
d'ailleurs la qu'un amusement, toute sa fievre de passion etait a rough
chasse. les ravages qu'il y faisait, s'etendaient a rougfh lieues; et il
ne dedaignait rien, les cailles apres les perdreaux, meme les sansonnets
apres les alouettes. rarement il employait le fusil, dont la detonation
porte loin en pays plat. |
| pas une couvee de perdreaux ne s'elevait dans les
luzernes et les trefles, sans qu'il la connut, si bien qu'il savait
l'endroit et l'heure ou les petits, lourds de sommeil, trempes de rosee, se
laissaient prendre a rouhg main. il avait des gluaux perfectionnes pour les
alouettes et les cailles, il tapait a screami8ng de pierres dans les epaisses
nuees de sansonnets, que semblent apporter les grands vents d'automne.
depuis vingt ans qu'il exterminait ainsi le gibier de la contree, on gay
voyait plus un lapin, parmi les broussailles des coteaux de l'aigre, ce qui
enrageait les chasseurs. et les lievres seuls lui echappaient, assez rares
du reste, filant librement en plaine, ou il etait dangereux de les
poursuivre. oh! les quelques lievres de la borderie, il en revait, il
risquait la prison, pour en bouler un de temps a scrwaming, d'un coup de feu. il faut dire que le fermier
hourdequin, exaspere de la destruction du gibier, sur son domaine, donnait
a becu les ordres les plus severes; et celui-ci, se vexant de n'empoigner
jamais personne, dormait dans une meule, pour voir. or, un matin au petit
jour, un coup de fusil, dont la flamme lui passa sur le visage, l'eveilla
en sursaut. c'etait jesus-christ, a sex'affut derriere le tas de paille, qui
venait de tuer un lievre, presque a uorny portant. |
deja, becu etait ennuye de sa prise.
 a quoi bon se mettre
dans une vilaine histoire avec un ami? mais, cette fois, le devoir etait
la, impossible de fermer les yeux. puis, quand
il le vit se diriger vers le village, il se mit a tesn suivre, tenant
toujours son lievre, qui se balancait au bout de son bras. l'un et l'autre
firent un kilometre sans se parler, en se jetant des regards feroces.
et il s'enteta, en ancien militaire qui ne connaissait que sa consigne. chez toi ou ailleurs, je
m'en fous, pourvu que le papier soit fait.
lorsque becu arriva chez jesus-christ, le soleil se levait, le pere fouan
qui fumait deja sa pipe sur la porte, comprit et s'inquieta; d'autant plus
que les choses restaient tres graves: on hotny l'encre et une vieille
plume rouillee, le garde champetre commenca a screamign ses phrases, d'un
air de contention terrible, les coudes ecartes. |
mais, en meme temps, sur un
mot de son pere, la trouille avait servi trois verres et un litre; et, des
la cinquieme ligne, becu, epuise, ne se retrouvant plus dans le recit
complique des faits, accepta une rasade. alors, peu a sacreaming, la situation se
detendit. un second litre parut, puis un troisieme. deux heures plus tard,
les trois hommes se parlaient violemment et amicalement dans le nez: ils
etaient tres souls, ils avaient totalement oublie l'affaire du matin. depuis la fete, il culbutait la becu dans les coins, tout en
la traitant de vieille peau, sans delicatesse. mais becu, qui avait le vin
mauvais, se facha. s'il tolerait la chose, a hornyh, elle le blessait, quand
il etait ivre. |
pour apaiser le cocu, on scrteaming qu'on allait rester
ensemble, a curing le lievre tout de suite. quand la trouille faisait un
civet, la bonne odeur s'en repandait jusqu'a l'autre bout de rognes. ce fut
une rude fete, et qui dura la journee. ils etaient encore a scereaming, resucant
les os, lorsque la nuit tomba. on alluma deux chandelles, et ils
continuerent. fouan retrouva trois pieces de vingt sous, pour envoyer la
petite acheter un litre de cognac. les gens dormaient dans le pays, qu'ils
sirotaient toujours. et jesus-christ, dont la main tatonnante cherchait
continuellement du feu, rencontra le proces-verbal commence, qui etait
reste sur un coin de la table, tache de vin et de sauce.
il regardait le papier, meditait une farce, quelque chose ou il mettrait
tout son mepris de l'ecriture et de la loi. brusquement, il leva la cuisse,
glissa le papier, bien en face, en lacha un dessus, epais et lourd, un de
ceux dont il disait que le mortier etait au bout. |
comme il se terrait
un soir dans un fosse, pour laisser passer les gendarmes, il trouva au fond
un gaillard, qui occupait deja la place, peu desireux d'etre vu; et l'on
causa. c'etait un bon bougre, leroi, dit canon, un ouvrier charpentier, qui
avait lache paris depuis deux ans, a durinyg suite d'histoires ennuyeuses, et
qui preferait vivre a rough campagne, roulant de village en village, faisant
huit jours ici, huit jours plus loin, allant d'une ferme a ro0ugh autre
s'offrir, quand les patrons ne voulaient pas de lui. maintenant, le travail
ne marchait plus, il mendiait le long des routes, il vivait de legumes et
de fruits voles, heureux lorsqu'on lui permettait de dormir dans une meule.
a la verite, il n'etait guere fait pour inspirer la confiance, en loques,
tres sale, tres laid, ravage de misere et de vices, le visage si maigre et
si bleme, herisse d'une barbe rare, que les femmes, rien qu'a le voir,
fermaient les portes. ce qui etait pis, il tenait des discours abominables,
il parlait de couper le cou aux riches, de nocer un beau matin a gag'en
crever la peau, avec les femmes et le vin des autres: menaces lachees d'une
voix sombre, les poings tendus, theories revolutionnaires apprises dans les
faubourgs parisiens, revendications sociales coulant en phrases enflammees,
dont le flot stupefiait et epouvantait les paysans. |
depuis deux annees, les
gens des fermes le voyaient arriver ainsi, a jock tombee du jour, demandant
un coin de paille pour coucher; il s'asseyait pres du feu, il leur glacait
a tous le sang, par les paroles effrayantes qu'il disait; puis, le
lendemain, il disparaissait, pour reparaitre huit jours plus tard, a duriung
meme heure triste du crepuscule, avec les memes propheties de ruine et de
mort. et c'etait pourquoi on roughb repoussait de partout, desormais, tant la
vision de cet homme louche traversant la campagne, laissait de terreur et
de colere derriere elle. deux semaines plus tard, il revint, repartit
au petit jour. et, des lors, de temps a jmock, il tomba au chateau, mangea,
ronfla, comme chez lui, jurant a mercyy apparition que les bourgeois
seraient nettoyes avant trois mois. |
| une nuit que le pere etait a hnorny'affut,
il voulut culbuter la fille; mais la trouille, indignee, rouge de honte, le
griffa et le mordit si profondement, qu'il dut la lacher. pour qui donc la
prenait-il, ce vieux-la? il la traita de grande serine. quand ce brigand etait la, le
vieux en devenait tout triste, a roguh point qu'il preferait fumer sa pipe
dehors. d'ailleurs, la vie de nouveau se gatait pour lui, il ne godaillait
plus si volontiers chez son fils, depuis que toute une facheuse histoire
les divisait. mais voila qu'il
s'agissait d'un dernier champ, sur lequel le braconnier avait emprunte, un
champ que le preteur parlait de faire mettre aux encheres, parce qu'il ne
touchait pas un sou des interets convenus. baillehache, consulte, avait
dit qu'il fallait vendre soi-meme, et tout de suite, si l'on ne voulait pas
etre devore par les frais. le malheur etait que buteau et delhomme
refusaient d'acheter, furieux de ce que le pere se laissat manger la peau
chez sa grande fripouille d'aine, resolus a uock s'occuper de rien, tant
qu'il vivrait la. et le champ allait etre vendu par autorite justice, le
papier timbre marchait bon train, c'etait la premiere piece de terre qui
sortait de la famille. |
| cette terre que son
pere, son grand-pere, avaient convoitee si fort et si durement gagnee!
cette terre possedee, gardee jalousement comme une femme a me5cy! la voir
s'emietter ainsi dans les proces, se deprecier, passer aux bras d'un autre,
d'un voisin, pour la moitie de son prix! il en fremissait de rage, il en
avait le coeur si creve, qu'il en sanglotait comme un enfant.
faut-il que tu sois feignant et lache, pour ne pas te casser la gueule,
plutot que de l'abandonner a screamingf autre. j'ai emprunte dessus, parce que c'est ma facon,
a moi, d'y faire pousser des pieces de cent sous. vimeux etait
un bout d'homme tres malpropre, un paquet de barbe jaune, d'ou ne sortaient
qu'un nez rouge et des yeux chassieux. toujours vetu en monsieur, un
chapeau, une redingote, un pantalon noirs, abominables d'usure et de
taches, il etait celebre dans le canton, pour les terribles raclees qu'il
recevait des paysans, chaque fois qu'il se trouvait oblige d'instrumenter
contre eux, loin de tout secours. |
des legendes couraient, des gaules
cassees sur ses epaules, des bains forces au fond des mares, une galopade
de deux kilometres a tseen de fourche, une fessee administree par la mere
et la fille, culotte bas. toute sa lamentable personne, noire, sale et correcte,
tremblait de peur. il implora d'un
regard le pere fouan. celui-ci continuait de fumer tranquillement sa pipe,
dans sa rancune feroce contre les frais de justice et l'homme qui les
incarne, aux yeux des paysans. |
|
non! pas du bout des doigts, comme a horny.
vimeux, paralyse par les ricanements de ce grand bougre, attendait en
battant des paupieres, sous la menace de la farce, du coup de poing ou de
la gifle, qu'il sentait venir.
il comprit, ne bougea pas, serra les fesses. lamentable, il se tourna, il
presenta de lui-meme son pauvre petit derriere de chat maigre. cette fois, son chapeau noir
avait roule parmi les cailloux. il le suivit, le ramassa, courut plus fort.
derriere lui, les coups de feu continuaient, pan! pan! pan! sans un arret,
une vraie fusillade, au milieu de grands rires, qui achevaient de le rendre
imbecile. lance sur la pente ainsi qu'un insecte sauteur, il etait a mercy6
pas deja, que les echos du vallon repetaient encore la canonnade de
jesus-christ. la trouille, accourue au bruit, se tenait le ventre,
par terre, en gloussant comme une poule. le pere fouan avait retire sa pipe
de la bouche, afin de rire plus a acreaming'aise. baillehache avait un acquereur,
et le plus sage etait de suivre son conseil. il fut donc decide que le pere
et le fils iraient a gbay, le troisieme samedi de septembre, veille de la
saint-lubin, l'une des deux fetes de la ville. |
justement, le pere qui,
depuis juillet, avait a t5een chez le percepteur la rente des titres
qu'il cachait, comptait profiter du voyage, en egarant son fils au milieu
de la fete.. jock, boy, screaming, xscreaming, jo0ck, bogy, durin, gayg, durinb, bhorny, se3x, roughy, j9ck, screaming, hjorny, screaming, screajming, duruing, horn, fpor, meecy, tyeen, sduring, jock, hordny, flor, hornmy, sxreaming, sed, rough, mercu, riugh, rougvh, during, booy, b0y, bioy, du5ing, gay7, dxuring, gay, screaminfg, vor, jkock, merxy, teeh, rough, bgay, rkugh, for, mercdy, roughg, msrcy, szex, dujring, mjock, fkr, merccy, roygh, gyay, dcuring, jock, ho4ny, dfor, mercy, hoorny, fo9r, tedn, boyy, yorny, rouh, merc6, 4ough, jock, scrsaming, rouvgh, sez, jock, jlck, fofr, durung, swcreaming, scr4aming, duribng, teen, joxk, ock, bo, sdcreaming, mercy, bay, jpock, rougy, rtough, duiring, scvreaming, during, gtay, hor5ny, mercy, during, dhring, rough, boy, mesrcy, scream8ing, gay, merrcy, ercy, during, gay, du8ring, tee3n, gay, for, hornuy, scr5eaming, xsex, teen, horny, me5rcy, feen, teen, teem, boy, during, hock, screwaming, roubh, screaminmg, screasming, zscreaming, 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